Billets, Chambre des Parents, Vestibule

La bienveillance et ses limites

Éduquer ses enfants avec les nouvelles bases de la parentalité positive peut parfois nous conduire à nous sentir un peu perdu dans nos interactions avec nos tout-petits. Comme toute nouvelle avenue, ce chemin comporte le risque de se tromper ou d’être en situation où l’on a l’impression de ne pas savoir s’y prendre. C’est normal, puisque nous sommes en apprentissage constant. Pour accéder à cette nouvelle parentalité, il faut accepter d’apprendre à se découvrir soi-même au fil de notre découverte de notre rôle de parent.

J’arrive de Montréal, seule avec mes deux enfants où nous avons passé de merveilleux moments. Le but premier de cette petite virée était pour moi de participer au congrès de l’Association québécoise de l’éducation à domicile. J’y ai vécu de belles rencontres inspirantes et une panoplie de conférences vraiment intéressantes. Dans l’une d’entre elle, une maman, appelé Maryse, témoignait du parcours qui l’a conduite à retirer son enfant de l’école et à finalement pratiquer le « unschooling ». J’ai été touchée par son témoignage sur la bienveillance parentale.

Lorsque l’on parle de bienveillance parentale ou de parentalité positive, on pourrait résumer le tout très sommairement en disant qu’il s’agit d’une forme d’éducation d’où l’on bannit l’autorité parentale absolue, où les punitions et récompenses sont évitées et où le dialogue non-violent prime sur l’adulte qui a toujours raison. Il est évident que ce type d’éducation demande beaucoup de flexibilité et de remise en question de nous-même et du modèle d’éducation dont nous sommes issus et d’où nos réflexes premiers résultent souvent.

Ce nouveau modèle d’éducation conduit souvent à des conflits intérieurs où nous avons l’impression de naviguer en eaux troubles, en terrain inconnu, loin de notre zone de confort. Cela demande efforts, ouverture et travail sur soi. Et c’est tant mieux puisque le changement et le chemin vers l’ouverture a une nouvelle conscience demande souvent de s’éloigner du terreau trop confortable et moins fertile qu’il faut nourrir afin de sentir que du nouveau peut se produire. Il faut aussi beaucoup de détermination et de confiance en les vertus de cette nouvelle parentalité afin de pouvoir accepter la pression extérieure possible de ceux qui ne veulent pas abdiquer leur pouvoir parental et qui pourraient juger vos choix de ne pas choisir l’autorité absolue.

Par contre, quand on choisit cette voie, il ne faut pas oublier que parentalité bienveillante veut aussi dire que le parent se doit aussi d’être bienveillant envers lui-même. Être à l’écoute de ses propres limites, de ses propres besoins. Et voilà où Maryse, la merveilleuse maman de la conférence dont je parle plus haut, qui a bien voulu se dévoiler pour nous porter plus loin dans nos réflexions entre en jeu dans ma réflexion.

« Si dans une même situation, vous acceptez, vous acceptez, vous acceptez, et que tout à coup, BANG!, vous pétez votre coche, cela indique que vous n’avez pas identifié et/ou respecté une de vos limites. Rien de grave. Il vous faut juste observer la situation pour trouver quelle est votre limite que vous n’avez pas su reconnaître et où cette limite n’a pas été respectée. Il restera ensuite à trouver le consensus entre le besoin de chacun et la manière d’y arriver. » Maryse, maman unshooler d’un garçon de maintenant 21 ans.

Cette vérité m’a beaucoup parlé et, comme une amie a dit, je dirais qu’elle fait aussi réfléchir au fait que nous ne connaissons pas encore nos réelles limites. Surtout parce que l’on s’est fait imposer toutes sortes de règles et d’interdits dans notre enfance à l’école et à la maison et que nous les remettons en question dans notre découverte de la  parentalité positive. Apprendre à connaître ses véritables limites est un cadeau inestimable que nous découvrons sur le chemin de la bienveillance. Un cadeau qui se mérite dans les tourments du doute et des remises en question, mais avec le merveilleux pouvoir d’apprendre à se connaitre vraiment, sans les tabous ou interdictions qui ne nous correspondent pas nécessairement. Une si belle opportunité de grandir, d’évoluer.

La semaine suivant mon congrès, je suis allée au Biodôme avec les enfants. Alors que nous mangions notre dîner, j’ai été témoin d’une situation qui a été un exemple parfait selon moi de cette vérité sur nos limites.

Assise à la cafétéria, j’observais les groupes d’écoles et de garderies qui mangeaient dans la salle. Devant nous, un peu en retrait, un petit groupe de sept enfants accompagnés de deux éducatrices, probablement une garderie en milieu familiale.  Je les observais avec attendrissement car l’ambiance semblait calme et bienveillante. Je me disais que c’était apaisant de voir des adultes bienveillants et calmes avec un groupe qui semblait zen et serein dans la tumulte ambiante. Lorsqu’ils ont eu terminé leur repas, une des éducatrice a quitté avec un enfants pour descendre aux toilettes. Les autres enfants se sont mis à courir et à s’amuser dans la grande salle, sous le regard attentif et bienveillant de leur éducatrice. Un moment, elle m’a regardé en s’excusant presque parce qu’ils couraient. Je lui ai dit que je trouvais cela normal et qu’après avoir mangé, les enfants avaient souvent besoin de courir et de s’exciter un peu.  Elle a souri. L’autre éducatrice est revenue et les enfants ont continué à courir. Je les observais. Tout à coup, deux petites filles se sont cognées les têtes ensemble et se sont évidemment mises à hurler de douleur. L’éducatrice, qui était revenue des toilettes depuis quelques minutes, a pris la plus vieille (3-4 ans) par le bras violemment en lui criant après et en la traînant jusqu’à une chaise où elle l’a assise sans douceur. Sans la consoler. Le sang m’a glacé dans les veines. Elle grondait la petite comme si elle avait fait exprès. Un moment, elle m’a regardé. Je lui ai dit qu’elles s’étaient juste cognées ensemble. Elle a haussé les épaules. Cette petite fille abandonnée à sa douleur me faisait pitié au-delà du supportable. Jamais je n’ai entendue l’éducatrice en question demander aux enfants de cesser de courir avant l’incident. J’étais terriblement choquée et mon beau rêve de bienveillance venait de voler en éclats.

Sur le coup, j’en ai voulu à cette femme qui a réagi sans amour envers une petite qui n’avait rien fait de mal. Ensuite, j’ai repensé à l’histoire des limites de Maryse et j’ai pu moins juger en me disant que cette femme n’avait probablement pas respecté sa propre limite et que voyant que l’autre éducatrice était zen de laisser courir les enfants, elle s’est imposé la même limite. Mais probablement que pour elle c’était inacceptable et que, plutôt que de s’exprimer, elle a laissé passer la chose se voulant souple. Mais voilà, quand l’accident s’est produit, elle a pété sa coche car sa propre limite n’avait pas été reconnue comme telle. Et du coup, non seulement une petite fille a vécu le traumatisme de se faire abandonner à sa douleur, mais je ne crois pas me tromper en me disant qu’une femme a vécu de la culpabilité d’avoir réagi ainsi.

D’où l’importance de chercher, de comprendre et de nommer nos propres limites dans l’apprentissage de la bienveillance. Cette fable urbaine et réelle peut aussi s’appliquer à moi (ou sûrement à chacun de nous) dans toutes sortes de situations et je me suis promis de profiter de chacune de ces « pétage » de coche pour apprendre à connaitre mes limites et à découvrir les moyens de les faire respecter. Le plus beau chemin vers la paix et l’harmonie dans la famille et pourquoi pas sur la Terre.

Je vous souhaite une belle découverte de vos limites!

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s